Guillaume Soro, Je voulais être prêtre

Nous sommes en 2010, à la veille du second tour des élections présidentielles en Côte d’Ivoire, Guillaume Soro alors, premier ministre s’ouvre et partage sa vision. Celui qui sera bien plus tard, la clé du processus politique ivoirien affiche sa sérénité, mais surtout son ambition proche, « se retirer de la politique »

 

Obligé d’assumer mon statut

Elève du petit séminaire de Katiola, le jeune Guillaume rêvait de devenir prêtre. « Je voulais être prêtre. A l’école primaire, j’étais un fervent chrétien, et mon père spirituel Marcel Dussud, était très content de mes aptitudes. » Et à 14 ans, celui qui rêvait d’être prêtre un jour, va finalement changer d’orientation. Il quitte le petit séminaire pour des convictions personnelles. « Je me suis senti décalé par rapport à ce que l’on attendait d’un bon séminariste qui devait être obéissant, pieux, soumis à l’autorité… J’avais remarqué que je ne priais pas tout le temps. Je me rendais compte que je ne rentrais dans le moule… j’ai alors demandé à partir. Mais en partant, Guillaume Soro s’était déjà fait la réputation de jeune meneur.

En 1986, une grève est intiée par Soro et des mais pour protester contre des plats de nouilles au porc servis au réfectoire. « Je me rappelle encore que le vendredi soir on nous servait des nouilles avec du porc et que nous n’aimions pas ces repas parce que la veille du week-end on aurait préféré tout autre plat… C’est vrai qu’après cette grève, je me suis découvert un penchant pour la vie de groupe, pour l’action, la réflexion, l’envie de convaincre de la justesse du mouvement que l’on voulait mener. » Exclu du séminaire, il y reprend les cours un mois plus tard. « Quand je revenu en cours, on me voyait comme un petit en rebelle… Je pense que c’est tout un environnement qui vous met à cette place et vous êtes obligés d’assumer ».

 

Choqué par l’affaire des pintades, la FESCI sera son arme

Après le lycée, Guillaume Soro entre à l’université, en faculté d’Anglais. Son objectif, décrocher un doctorat en Anglais et revenir enseigner à l’université. C’est qu’il va découvrir un autre univers. « A l’université, alors que j’avais la moyenne nécessaire pour bénéficier d’une bourse, je n’arrivais pas à en obtenir, tandis qu’un camarade moins bien noté que moi en était gratifié. Un jour, je lui ai demandé comment il s’y était pris. Il m’a assuré avoir envoyé une dizaine de pintades au directeur de la direction de l’orientation et des bourses. J’ai été très choqué et aussitôt je me suis engagé dans ce combat pour fustiger ces méthodes. Je suis ensuite entré dans le mouvement étudiant pour dénoncer un système corrompu et des injustices flagrantes. »

 

De la rébellion à la primature

En 2010, après des années de rébellion et de crise socio-politique et militaire, Guillaume Soro est en poste à la primature, et c’est un peu lui qui joue sur la balance lors de ces élections présidentielles que la Côte d’Ivoire organise. Pour cet homme âgé de 38 à l’époque, il est temps après ces élections de prendre du recul, du repos, faire un bilan et planifier son avenir, et celui de sa famille. « Après les élections, il sera de mon devoir de présenter ma démission au président de la République… Une fois déchargé de mes responsabilités, je crois que je vais mériter un peu de repos… Je pense qu’il me faut une rupture… J’ai déjà marqué l’actualité politique de ce pays pendant plusieurs années, et j’ai besoin de repos, d’une vraie rupture, pour relever d’autres challenges. Je me trouverais un travail. »

Mais très vite l’homme s’est retrouvé à la présidence de l’assemblée nationale de la Côte d’Ivoire. Sans doute que l’urgence de la situation l’interpelle, ou pour beaucoup, ce poste lui confère une certaine immunité après tout ce qui peut lui être attribué comme chefs d’accusation dans les différentes crises qu’a connu le pays.

 

La présidence, l’aboutissement d’un cheminement ?

En 2010, l’idée de la présidentielle faisait déjà briller des yeux, mais pour Soro, l’heure n’était pas à ce projet, car il fallait penser la reconstruction du pays, et la réconciliation nationale. « J’apprécie ce qui est dit, c’est la saine reconnaissance du travail qui est fait, mais il ne faut pas se laisser emporter par la précipitation. Ce destin présidentiel n’est pas forcément dans l’immédiat. ». 10 ans plus tard, soit l’échéance 2020, ce destin présidentiel a-t-il pris le temps de murir ?




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