Allemagne: Deux femmes dans les pas de Merkel

L’Allemagne se prépare à une nouvelle ère, l’après Angela Merkel. La chancelière allemande conservatrice Angela Merkel est à la tête du parti de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) depuis plus de 16 ans. Agée aujourd’hui de 62 ans, elle est désignée à de multiples reprises comme la femme la plus puissante du monde et de l’Union Européenne.

Mais depuis quelques temps deux noms font l’unanimité du paysage politique en Allemagne. Ce sont Annegret Kramp-Karrenbauer (dauphine de Angela Merkel, CDU) et Andrea Nahles (dauphine de Martin Schulz, SPD).

 

Portrait croisé de deux dames au parcours exceptionnel.

Dans la course à la parité, l’Allemagne a, une fois encore, une longueur d’avance sur la France. Pour diriger les deux principales formations politiques du pays, deux femmes sont en pole position.

Côté CDU, la succession est préparée par la chancelière Angela Merkel elle-même. Elle encourage depuis quelques mois l’ascension d’Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre-présidente de la Sarre. AKK, comme elle est surnommée, serait la personne la plus à même « de perpétuer l’héritage politique d’Angela Merkel. Elle vient d’être portée au poste de secrétaire générale du CDU, ce lundi 19 février.

Chez les sociaux démocrates, Martin Schulz, affaibli par le pire score du SPD aux législatives de l’automne depuis l’après-guerre, laissera la direction du parti à une femme, Andrea Nahles, présidente du groupe SPD au Bundestag depuis le mois de septembre.

 

Andrea Nahles, la gauchiste…

Si l’installation de ces deux femmes aux commandes des deux plus grands partis allemands se confirme, l’Allemagne déplacerait par la même occasion son curseur politique vers la gauche.

À 47 ans, Andrea Nahles a repris le flambeau de l’aile gauche du SPD, hostile à la « troisième voie » impulsée par l’ancien chancelier Gerhard Schröder, qu’elle a qualifié, rappelle Arte, »d’engin de démolition du programme social-démocrate », pour avoir taillé à la hache dans la politique sociale allemande avec ses lois Hartz. Elle a noué tout au long de sa carrière des liens étroits avec les syndicats. Elle-même appartient au plus puissant d’entre eux, IG Metall.

A son crédit, celle qui fut ministre fédérale du Travail et des Affaires sociales de 2013 à 2017 peut inscrire l’instauration du salaire minimum en janvier 2015, malgré la résistance de la CDU/CSU et l’amélioration de la réforme des retraites. Elle a su tisser de bons rapports avec les dirigeants conservateurs: Angela Merkel a loué sa compétence et son sens du compromis.

Populaire auprès de la base, cette catholique mère d’un enfant est née dans la région d’Eifel, au sud de Cologne. Elle a commencé son ascension politique en prenant la direction de Jusos, les jeunes socialistes du parti, en 1995. Jusos dont le nouveau chef, Kevin Kühnert, défie aujourd’hui la volonté du SPD de s’associer à la CDU d’Angela Merkel dans une nouvelle grande coalition.

C’est Andrea Nahles qui a, dans un discours enflammé lors du congrès de janvier, convaincu le parti d’accepter de nouvelles négociations avec le parti de la chancelière, selon la Deutsche Welle. Parviendra-t-elle au même résultat avec les 460 000 militants du parti appelés à valider l’accord avant le 4 mars? Ils sont très divisés à l’idée d’une nouvelle alliance avec la droite, alors que la cohabitation du SPD comme partenaire mineur de la Groko (große Koalition) avec la CDU l’a fait plonger dans les sondages.

 

Annegret Kramp-Karrenbauer, la centriste

AKK, poussée par Merkel, représente elle aussi la ligne la moins droitière de son parti. Elle la préfère à deux autres figures montantes de la CDU, la ministre de la Défense Ursula Von der Leyen, et Jens Spahn, secrétaire d’Etat aux finances. Elle a été ministre de l’Intérieur, de la Famille, de l’Education mais aussi du Travail. Catholique pratiquante de 55 ans elle devient la deuxième femme a occupée ce poste. AKK est foncièrement opposée au mariage pour tous ; qu’elle compare à l’inceste.

 

AKK une amie française ?

Européenne convaincue, AKK a instauré dans son land, frontalier de la Lorraine et du Luxembourg, la « stratégie France » dont l’ambition est de créer une génération bilingue d’ici à 2043.

« Son style calme et neutre est similaire à celui de la chancelière. C’est sa force, mais aussi sa faiblesse », estime le Spiegel, puisqu’elle n’incarnerait pas un véritable changement à la tête du parti mais apparaît plutôt comme une « mini Merkel ».

Annegret Kramp-Karrenbauer est moins rompue aux affaires nationales qu’Andrea Nahles, mais Merkel a entrepris d’y remédier en l’incluant dans l’équipe de négociation en vue de la formation d’une nouvelle grande coalition avec le SPD. Les médias allemands prédisent sa nomination dans le prochain cabinet, peut-être aux Affaires sociales ou à l’Intérieur. L’une prendrait donc la place de l’autre au gouvernement avant de s’affronter, un jour peut-être, pour la première place.

 

Pour l’instant, Andrea Nahles semble plus loin de la chancellerie fédérale qu’AKK. En rêve-t-elle seulement? Boutade ou ambition, en quittant son lycée, elle a laissé dans le carnet de l’école une note sur ses projets d’avenir: « Ou ménagère, ou chancelière ».

 




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