Côte d’Ivoire: Emergence et Classes moyennes

On a constaté ces dix dernières années l’intérêt grandissant des grandes entreprises européennes pour le marché africain. Et l’on a bien entendu cette fameuse phrase qui a fait rêver les investisseurs : « L’Afrique c’est l’avenir ». Les analyses de certains cabinets de consultants faisaient état de ce que la classe moyenne était alors en pleine expansion, transformant le continent africain en dernier territoire de conquête pour les grands groupes à la recherche de nouveau marchés. Mais à vrai dire, ça c’était sur le papier.

Les experts estiment que les changements sociaux, politiques et économiques sur lesquels se basaient les dites études n’étaient pas aussi importants et homogènes sur le continent Africain. Et les prévisions se sont avérées moins satisfaisantes. « Nous pensions que ce serait la prochaine Asie, mais nous avons réalisé que la classe moyenne dans la région est petite et n’est pas vraiment en progression ». Laissait entendre sur RFI, Cornel Krummenacher, directeur de la région Afrique Équatoriale chez Nestlé. Le plus gros groupe agroalimentaire mondial a donc révisé sa stratégie. Fini l’obsession des classes moyennes. Le géant mise désormais sur « les Africains aux revenus modestes » déclarait récemment, John Martin Miller, vice-président de Nestlé Afrique, Asie et Océanie.

 

Le fameux rapport de la BAD ?

Le rapport qui a tout déclenché? Pas forcément, mais il a eu un grand impact. C’est le rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui estimait à 34% la classe moyenne de la population africaine, soit plus de 350 millions de personnes. Un chiffre inédit qui masquait une réalité moins glorieuse : 20% de ces individus dépensent entre 2 et 4 dollars par jour pour vivre. Du coup le chiffre le plus vraisemblable réflétant la classe moyenne africaine est de 14%.

Les classes moyennes ivoiriennes

Le haut de cette pyramide est constitué d’un petit groupe de personnes dont les modes de vie s’occidentalisent. La plus basse regroupe les ménages dont le revenu est compris entre 12 et 25 dollars par jour. La plus haute concerne les ménages ayant entre 25 et 50 dollars par jour.

Le poids de la classe moyenne africaine sur le continent serait donc de 143 millions d’Africains. Majoritairement urbains, ils vont dans les cafés, fréquentent les supermarchés, achètent des voitures, font des emprunts et accèdent à la propriété.

Une autre catégorie des classes moyennes dites « flottantes », ou « petites prospérité », très dépendantes de la conjoncture économique – dont les revenus oscillent entre deux et quatre sur dix dollars journaliers oscille « Entre 20 et 25% de la population africaine », estime Dominique Darbon. Ils multiplient les sources de revenus : un salaire dans le formel ou l’informel et une seconde voire une troisième activité qui leur permette de joindre les deux bouts. Le loyer et la nourriture représentent 85% des dépenses de ces ménages, ils ne partent pas en vacances, ne conduisent pas de voiture et font leurs courses chez le boutiquier du quartier.

 

L’impact des investissements, et des grands chantiers du pays

La classe moyenne ivoirienne elle est en plein développement. Portée par une croissance économique moyenne de 8 à 9% depuis 2011, elle représente aujourd’hui 26,4% de la population, soit des individus gagnant entre 100 000 et 450 000 francs CFA par mois. Un chiffre nettement supérieur à la moyenne continentale qui cache des disparités, précise Jean-Philippe Berrou, économiste et chercheur. « Les sous-groupes des agriculteurs (25%), des travailleurs de l’informel (39%) et des retraités (15%) sont encore très vulnérables ». Soit 79% de la classe moyenne totale. Donc sur les 26,4% représentant la classe moyenne ivoirienne. Il n’y a que 21% (de ces 26,4%) qui sont vraiment stables. On note quand même une nette amélioration, car le niveau de revenu mensuel moyen des populations ivoiriennes est passé de 67 dollars à 102 dollars. En dessous de la moyenne Africaine qui est de 141 dollars par mois. Mais la progression indique bien qu’avec le temps et les investissements menés, il arrivera le temps où la classe moyenne ivoirienne pourra aisément s’affirmer.

 




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